L’impact du Covid-19 sur les sites d’orpaillage du Niger

écrit par Dr. Kader Afane (Niamey, Niger)

Dans tous les sites d’orpaillage, les produits alimentaires connaissent une hausse suite aux mesures gouvernementales de lutte contre la propagation de la pandémie de Covid-19. La décision de fermer les frontières internationales et d’isoler la ville de Niamey des autres régions (suspension des transports vers les autres villes, interdiction de sortie de la ville) semble être la principale cause de cette augmentation des prix des denrées alimentaires. Sur le site d’orpaillage de Tchibarakaten (région d’Agadez), en plus de la fermeture de la frontière avec l’Algérie, le convoi militaire accompagnant les véhicules de transport des passagers reliant Arlit au site a été suspendu en raison de la pandémie de Covid-19. Cette mesure rentre dans le cadre de la limitation de déplacement des personnes afin de réduire la propagation du Covid-19. L’autorisation d’accès au site est seulement accordée aux camions des marchandises d’approvisionnement (nourriture, matériels) et les citernes d’eau 1. Malgré les mesures d’isolement, le transport des orpailleurs vers le site se réalise actuellement en fraude pour éviter les zones militarisées.

En plus de l’alimentation, la pandémie de Covid-19 est également responsable de la pénurie et de la hausse des prix des produits nécessaires aux activités d’extraction dans tous les sites d’orpaillage. Les produits chimiques (cyanure, mercure), les dynamites, les fils électriques, l’essence et les groupes électrogènes sont devenus rares et coûteux, rendant encore plus difficile l’activité d’orpaillage. À cela vient s’ajouter la fermeture des frontières aériennes avec comme principal impact l’arrêt de l’exportation de l’or sur le marché international. Cela se répercute sur le prix de l’or au niveau de tous les sites d’orpaillage.

À Komabangou dans la région de Tillabéry, le prix du gramme d’or se vend entre 17 000 et 22 000 Fcfa. Seuls les patrons offrent d’ailleurs ce prix de 22 000/g à leurs ouvriers pour pouvoir les maintenir au niveau de leur puits d’extraction. Les commerçants d’or sur le site achètent à un prix encore plus bas en raison de la mévente. Avant la crise sanitaire, le prix variait entre 22 000 et 25 000 Fcfa/g. D’après Allassane, agent en charge des broyeurs du site de PRACC2, même les commerçants agréés de Niamey n’arrivent plus à acheter l’or à un prix raisonnable. Ils prétendent avoir des difficultés d’exportation de l’or depuis la fermeture des aéroports. Tout récemment, des orpailleurs du site de Komabangou sont revenus de Niamey avec leur 2 kg d’or sans pouvoir les revendre. Ils ont préféré retourner avec leurs marchandises plutôt que le céder aux prix proposés par les commerçants agréés.

À Tabelot dans la région d’Agadez, les prix de l’or ont aussi connu une baisse du fait de l’épidémie de Covid-19. En fonction de la pureté (carat) d’or, les prix ont baissé de 27 000 à 18 000 Fcfa/g pour la qualité supérieure, et de 20 000 à 13 000 Fcfa/g pour la qualité moyenne. Pour la dernière qualité (or très impur), le gramme qui se vendait entre 13 000 et 12 500 Fcfa/g avant la crise, s’achète actuellement au prix de 8 000 et 7 000Fcfa/g. La mévente de l’or a également entrainé l’arrêt de la vente de résidus (haldes) de traitement destinés au site de cyanuration d’Agadez. C’est une perte énorme dans le budget annuel de la commune de Tabelot. À titre d’illustration, en novembre 2019, une seule campagne de revente des résidus (haldes) stockés sur le site de traitement d’or de Tabelot a rapporté 200 millions de Fcfa. Le 1/3 de cette somme revenant à la collectivité a été utilisée pour aménager les pistes reliant les sites d’orpaillage au village de Tabelot et approvisionner les centres de santé de la commune en produits médicaux.

Les conséquences actuelles de la crise sanitaire du Covid-19 au niveau des sites d’orpaillage risquent d’accroitre encore plus la vulnérabilité des orpailleurs, qui souffrent déjà de la pauvreté liée aux manques des revenus et des services sociaux de base.

Même si les sites d’orpaillage sont impactés par les effets indirects de l’épidémie du fait de la perturbation de la chaîne de valeur, il n’existe pas encore de cas de contamination au Covid-19 au niveau des ASM.

En revanche, la région de Tillabéry a enregistré ses premiers cas de Covid-19 depuis le mois de mars. Une personne originaire de Téra, département d’attache du site de Komabangou, a été diagnostiquée positive à Niamey. Pour le moment, la région d’Agadez n’a pas eu son premier cas de Covid-19. Malgré cela, les autorités ont entamé des campagnes pour sensibiliser la population. A Tabelot, une délégation composée du SG de la Mairie, du Commissaire de police et du Président du comité de gestion du site a effectué une mission de sensibilisation sur le site de traitement situé à environ 2 km du village. Les mesures barrières ont été expliquées aux orpailleurs présents sur le site. Les membres de la délégation ont demandé aux sociétés de traitement d’installer des dispositifs de lavage de mains à la porte d’entrée de leur installation. Pour le moment, toutes les sociétés modernes de traitement ont mis en place le dispositif. Mais aucune mesure n’est prise sur le grand site artisanal de traitement comportant le marché, les camps des ouvriers, et les propriétaires des moulins de concassage, des rampes sluices et des machines modernes de broyage.

En dépit de l’existence de l’épidémie dans le pays, les activités d’extraction se pratiquent normalement sur les sites d’exploitation de komabangou, Tabelot et Tchibarakaten. Pour le moment, les mesures barrières contre le Covid-19 ne sont pas encore prises sur les différents sites d’orpaillage.

À Agadez, la situation peut être perturbée par les migrants subsahariens refoulés de Libye et d’Algérie. Le 19 mars dernier, ce sont 667 migrants refoulés par l’Algérie, qui ont été confinés à Assamaka à la frontière Nigéro-algérienne. Après leur quarantaine, ces migrants ont été acheminés dans les camps de transit de l’OIM à Arlit et à Agadez. Aussi, 250 autres migrants refoulés de la frontière de la Libye et emmenés par l’OIM à Agadez sont actuellement confinés au stade régional pour leur suivi médical et logistique. Le 10 avril dernier, une quarantaine d’entre eux ont fui le site sans que personne ne connaisse leur situation actuelle. Si des dispositions ne sont pas prises (acheminement dans leurs pays d’origine), ces migrants risquent de se retrouver sur les sites d’orpaillage afin de chercher de quoi poursuivre leur aventure après l’ouverture des frontières. Cette pratique se faisait déjà dans les salines de Bilma, par les migrants qui ont tout perdu, avant la loi criminalisant le transport des migrants au Niger. Ils peuvent ainsi être responsables de la propagation du Covid-19 sur les sites. Les fuyards du stade et des camps de transit de l’OIM vont certainement se retrouver sur les sites des ASM.

Notes :

1 En raison de l’absence de la ressource, toute l’alimentation en eau provient d’Arlit, ville nigérienne située à environ 650 km du site de Tchibarakaten.

2 Projet d’Appui à la Compétitivité et à la Croissance (PRACC).

Ce contenu a été publié dans Général. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *